Le paysage des Langhe est parsemé de vignes et de noisetiers. Il ondule au gré des nombreuses vallées, qui par temps clair, semblent se succéder jusqu’aux Alpes. Ce terroir, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2014, offre une perspective unique. Si la région produit de nombreux vins, le Barolo y est considéré comme « le vin des vins ». Il est entièrement constitué de nebbiolo, variété autochtone la plus ancienne du Piémont. Le cépage tient son nom de « nebbia », qui signifie brouillard en Italien. En effet, sa forte résistance au froid et sa maturation lente lui valent d’être récolté tard dans l’automne, alors qu’un manteau brumeux couvre les vallées Piémontaises. Les vignes sont plantées en hauteur, souvent à plus de deux mètres. Cela permet de canaliser la vigueur de cette plante au feuillage luxuriant, et de recentrer son énergie vers le raisin.
Pour optimiser sa concentration, les vignerons ne craignent pas le sacrifice : « La vigne n’est pas démocratique. Mère nature aime la compétition. Pour viser l’excellence, il faut accepter de perdre énormément de raisin. Nous avons pris la décision de réduire les quantités pour gagner en identité. Mon travail est de supprimer les raisins qui ne sont pas parfaits » nous explique Giacomo Conterno. Le propriétaire du domaine Poderi Aldo Conterno, a divisé sa production par deux depuis son arrivée au domaine à la fin des années 90. Cette philosophie est la source d’un grand tri des grappes. Une à deux « vendanges vertes » sont effectuées avant les vendanges, séparant les raisins de moins belle qualité des meilleurs, pour leur offrir des conditions optimales.
Le Barolo est un vin de patience, et cela se cultive aussi en cave. Un vieillissement d’au moins 38 mois s’entame à compter du 1er novembre du millésime dont 18 en barriques. Dans la pratique, de nombreux vignerons dépassent cette durée. La première reconnaissance du Barolo eut lieu en 1966, date de naissance du DOC (Denominazione di Origine Controllata). La délimitation des terres reste inchangée depuis lors. En 1980, on lui a octroyé la distinction la plus élevée d’Italie ; celle du DOCG (Denominazione di Origine Controllata e Garantita). Au nom de Barolo, peut s’ajouter l’une des 170 mentions complémentaires « Menzioni Geografiche Aggiuntive » (MGA), ou celle de l’une des 11 communes du sud-ouest d’Alba, qui constituent l’aire du Barolo. L’équivalence des « crus » français. Le territoire forme un cercle. « La partie droite est constituée de cinq communes entourant Serralunga. C’est la zone la plus ancienne, aux sols argilo-calcaires, qui produit des vins à fort potentiel de garde. À gauche, c’est une zone plus jeune faite de cinq autres communes qui entourent la capitale de La Morra. Les sols sont plus sableux et les vins élégants, frais et fruités. La commune de Barolo sépare ces deux zones, et en son sein se trouve le plus beau terroir, celui de Cannubi. Il est considéré comme l’épine dorsale du Barolo, car il combine les qualités des deux zones à savoir élégance et potentiel de garde. Cannubi est le barolo, mais attention ; le barolo n’est pas forcément Cannubi. » éclaircit Andrea Farinetti, œnologue et directeur de Fontanafredda.
La surface des vignobles de Barolo a triplé depuis 1967, passant de 645 hectares à 2 000 hectares aujourd’hui. Cette expansion s‘est construite en plusieurs phases. La première est encouragée par la reconnaissance de l’appellation en 1966. La seconde, à compter de la fin des années 80, poussée par la dévaluation de la lire et l’ouverture des marchés étrangers au vin, USA en tête. La troisième, depuis le 21e siècle, est le fruit d’un travail qualitatif important. « Il y a toujours un beau rêve au début de toute histoire. Nous avions ce rêve, et nous voulions faire quelque chose de plus. C’est le fruit d’un travail collectif qui s’est amorcé dans les années 80. Les premières dégustations que nous faisions à l’étranger, nous souffrions d’un complexe d’infériorité en regardant la couleur des bordeaux. Puis, nous nous sommes rendu compte que la beauté de nos vins tenait à leur transparence et à leur finesse, c’est devenu notre fierté » se souvient Aldo Vaira propriétaire du domaine éponyme. Aujourd’hui, le Barolo est exporté à 90 %, dont 40 % vers les États-Unis. La production est désormais limitée à 13 millions de bouteilles par an, que les amateurs acquièrent à prix d’or.
Dans ses trois premières années de vie, alors qu’il est encore en cave, à l’aveugle, on confondrait le nebbiolo au pinot noir. Puis son profil se métamorphose vers les notes qui le caractérisent, spectres de son terroir. La rose, la violette, les épices, les fruits rouges croquants se nichent dans une texture de cashmere, structurée par des tanins abondants et une acidité élevée, deux facteurs organoleptiques qui contrastent souvent. Les barolos sont des vins verticaux, tout en construction.
Ils ont ce petit quelque chose en plus, qui tient à une sophistication très italienne qui ne s’improvise pas. « Un jour, notre fils aîné, Giuseppe, est rentré de l’école primaire, et m’a demandé: “Quel est le sens social de ton métier ?“ Ça m’est tombé dessus. Je ne savais pas trop quoi lui répondre, mais je savais que je devais lui répondre. Il y avait un tableau dans sa chambre. Alors, je lui ai dit ; « regarde ce cadre, tu peux vivre sans. Le Barolo c’est pareil : il n’est pas indispensable. Mais peux-tu imaginer un monde sans musique, sans art, sans poésie, sans culture, sans gastronomie ou sans vin ? Quel monde cela serait-il ? » Et j’ai moi-même découvert le sens de notre métier : rendre les gens heureux. On ne sait pas pourquoi on le fait, mais on sait qu’on doit le faire. » conclut Aldo Vaira. Ça doit être le sentiment, l’ingrédient secret du succès du Barolo.
GV

Barolo's castle from Borgogno's roof top

A snail pasta

Winemaker Aldo Vajra

Gabrielle in Barolo

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