Dès le début des années 80, Nicolas Joly cultive ses vignes selon les principes de la viticulture biodynamique. Leader de cette méthode culturale dont les bases ont été posées au début du 20ème siècle par Rudolf Steiner, il la défend par ses nombreux ouvrages et par son association vigneronne « renaissance des appellations ». Explications.
Quelles opportunités vous offrent le fait de bénéficier du monopole qu’est la Coulée de Serrant ?
Je ne suis pas soumis. Dans toutes les AOC, ça tiraille un peu… La coulée a sa propre appellation contrôlée, ce qui m’a permis de commencer la biodynamie sans trop de problèmes. C’est une force extraordinaire.
Vous avez inspiré de nombreux vignerons à pratiquer une viticulture biodynamique. Comment êtes-vous entré dans cette voie?
J’ai 72 ans, et plus je regarde en arrière, plus j’ai tendance à croire que c’est le destin m’y a conduit. Après un MBA à Columbia, j’ai travaillé dans la banque à New York, puis à Londres. Je quitte la banque du jour au lendemain alors que l’on m’offre une promotion. C’était dans les années 70 ; le règne de l’argent, on se rend vite compte que c’est du vide. Je n’en pouvais plus et je suis rentré ici, sur la propriété familiale. Le vignoble était en déficit. On m’a encouragé à mettre du désherbant, ce que j’ai fait pendant un an. J’ai vu les sols se craqueler, la vie animale partir. Je cherchais une solution. Lors de mon premier cours sur la biodynamie en 1976, par Xavier Florin, je suis parti en me disant « qu’est-ce que c’est que ces conneries ? ». J’étais arrivé un peu en retard, et j’entends parler de nœuds planétaires, d’effet de la corne, je me disais « ils sont zinzin »… Six mois plus tard, un imprimeur m’offre un livre sur Steiner, j’ai commencé à le lire et je me suis dit que ce type était génial. J’ai essayé de refaire ses préparations ce qui a été un échec total, alors on m’a envoyé de nouveau chez Xavier Florin. Avec lui, on comprenait tout. Certaines personnes ont un savoir du passé exceptionnel.
Comment définiriez-vous la biodynamie pour le néophyte ?
Cela part d’une constatation : la vie n’appartient pas à la terre, elle lui est donnée parce qu’elle fait partie du système solaire. Si l’on mettait un grand plastique noir autour d’elle, toute vie disparaîtrait. Comment cette vie fonctionne ? Ce sont des longueurs d’ondes cosmiques qui apportent un message. Des milliards d’informations cosmiques arrivent sur terre. La biodynamie fonctionne au moment où l’énergie est convertie en matière. Dans la mesure où l’on a mis des forces cosmiques en symbiose dans les raisins, il n’y a rien à faire au cellier, ce qui est le contraire de ce que l’on enseigne aujourd’hui.
C’est d’ailleurs ce que vous prônez : le non-interventionnisme en cave. Qu’entendez-vous par là ?
Dans la pratique, cela passe par l’absence de régulation des températures - la fermentation est une fièvre ; de la chaleur pour retrouver un équilibre naturel, c’est donc une thérapie -, jamais de relevurage pour respecter l’originalité du lieu qui génère des levures qui lui sont parfaitement adaptées, de longues fermentations de 3 ou 4 mois, et pas de bois neuf car un vrai bon vin n’a pas besoin de bois neuf ; c’est un artifice. Personne à Bordeaux il y a cent ans n’aurait changé de barriques tous les ans ! Ils ont commencé quand la viticulture a diminué la capacité de la vigne à se charger du lieu à cause des désherbants. Ce sont des farces qui correspondent à une agriculture conventionnelle, pas à une agriculture vivante.
En quoi consistent les préparations biodynamiques avec lesquelles vous encouragez la vigne ?
Chaque plante spécifique choisie par Steiner correspond à une planète. Ces préparations sont ensuite ajoutées à des composts. Il faut les comprendre comme le levain pour le pain : on en met très peu, mais c’est lui qui le fait se lever. Pour expliquer cela à des scientifiques, je les appelle les numéros de téléphone portable. On appelle quelqu’un à des milliers de kilomètres et on entend sa voix. Cela fonctionne de la même façon, par une onde, le gigahertz. Les préparations créent un canal énergétique qui au lieu de porter la voix, porte la force de la planète. Pratiquer la biodynamie, c’est donc relier votre lieu au système solaire par des ondes qui portent la vie. L’ennemi, ce n’est pas le CO2 mais la pollution électromagnétique qui forme un bouclier par ces milliers de satellites et qui bloque la conversation du ciel et de la terre. Les gens qui pratiquent la biodynamie aident leur plante à rétablir ce dialogue.
Y-a-il un effort collectif des vignerons de la Loire vis-à-vis du bio et de la biodynamie?
Nous sommes mieux compris par les institutions. Nous nous dirigeons vers du 90% bio dans les 5 à 8 ans à venir. Ceux qui ne le font pas auront de grosses difficultés financières, plus pour des raisons de santé que pour l’authenticité du goût. Mon combat, c’est le retour à la vérité du goût des AOC. Il ne reste pas grand-chose de ce goût inimitable que l’on protège dans le monde car on nous a permis d’empoisonner les sols et la sève avant de recréer un goût au cellier. La biodynamie permet de revenir à la vérité du goût et à l’originalité des appellations d’origine qui est notre carte à nous, France. Nous n’aurions pas de terroir, nous pourrions jouer aux imbéciles avec de la techno. Mais nous qui avons parmi les plus grands terroirs du monde, on fabrique des vins technologiques que le monde entier peut copier… C’est un non-sens !
Que dire à ceux qui ne croient pas en ce mode de culture ?
Ce qui plus fort que moi, c’est d’expliquer aux gens ce que c’est. Les esprits trop scientifiques se laissent enfermer dans la matière.

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