La fabrique de verres la plus ancienne au monde, Riedel, propriété de la famille éponyme, célèbre son 270e anniversaire en 2026. Avec 800 formes de verres sublimant tout autant de cépages ou d’illustres cuvées, la manufacture tyrolienne est au verre à vin ce que la Formule 1 est à l’automobile.
Rencontre avec Maximilien Riedel, 11e génération de la saga Riedel.
Gabrielle Vizzavona : Riedel fête cette année son 265e anniversaire. Comment avez-vous commencé à vous intéresser au verre à vin ?
Maximilien Riedel : Nous nous concentrons sur le verre à vin depuis la génération de mon grand-père, le professeur Claus Riedel, passionné de vin. Avant lui, les verres spécifiques aux différents cépages n’existaient pas. Fier de sa création, il a parcouru le monde pour la montrer. Au début, cela n’a pas fonctionné. Il allait au restaurant avec son propre verre ; on le prenait pour un fou. Puis, il a fait comparer aux sommeliers l’expression des vins dans ses verres plutôt que dans les leurs. Ils n’en revenaient pas de la différence. Le succès de notre entreprise s’est basé sur le bouche-à-oreille. Il a nommé sa première collection de 8 verres différents, en 1973, « Sommelier », en l’honneur de ceux qui l’avaient fait connaître. Sa passion du vin s’est ensuite transmise à mon père, qui a commencé à organiser des dégustations comparatives pour que professionnels comme consommateurs puissent apprécier l’impact de nos verres sur le goût du vin.
G.V. : Vous collaborez avec de très grands domaines pour créer les verres parfaits pour la dégustation de vin. Comment avez-vous approché ces vignerons iconiques ?
M.R. : Mon père est un très bon dégustateur, ce qui nous a permis d’être considérés par la profession. Lors d’une dégustation à l’aveugle en compagnie d’Aubert de Villaine (propriétaire du Domaine de la Romanée-Conti) début 2000, il a reconnu le La Tâche 1975. Tous étaient surpris qu’un fabricant de verres ait cette capacité. Riedel, c’est cela : nous prenons le vin très au sérieux. Mon père a appris avec les géants de l’industrie : Gaya, Mondavi, Moueix… Ils l’invitaient à des événements, car il connaissait bien le vin et confectionnait les verres qui leur permettaient de présenter le leur sous le meilleur jour. Tous les verres Riedel de notre gamme sont finalisés en compagnie de vignerons.
G.V. : Les restaurants comme les particuliers ne font-ils pas assez d’efforts pour les verres qu’ils choisissent ?
M.R. : Le verre ballon, comme on en trouve dans les bistrots français, est une hérésie. Quand on dépense de l’argent pour acheter de belles bouteilles, c’est un sacrilège de les verser dans un ballon. Il faut respecter le vin.
G.V. : Comment convaincre le public de la grande différence que peut opérer le choix d’un bon verre sur la perception du vin ?
M.R. : Il faut lui montrer ! Nous le faisons lors de grands événements de dégustation comparative. Certains rassemblent plus de 500 personnes. C’est un spectacle. Les gens n’en reviennent pas de sentir le même vin dans des verres différents et de n’avoir ni les mêmes arômes au nez ni les mêmes perceptions organoleptiques en bouche.
G.V. : Qu’est-ce qui peut jouer sur la perception ?
M.R. : Le buvant (le rebord du verre) est la partie la plus importante. On peut améliorer la perception du vin en influençant la façon dont il entre en bouche. Plus le buvant est petit, plus cela oblige le dégustateur à lever la tête pour accéder au vin. Le premier contact sera alors la pointe de la langue, ce qui encourage une perception accrue de la sucrosité et du fruit du vin au détriment de l’acidité. C’est le format idéal pour des vins blancs secs guidés par l’acidité, comme les sauvignons. Quand le buvant est large, le vin accède plus facilement au palais, ce qui permet de modérer la perception des tanins, cela est idéal pour les cépages taniques, comme le cabernet sauvignon. Les formes parfaites n’ont pas été déterminées en un jour, elles se sont affinées au fil du temps grâce aux expérimentations, et évolueront toujours, notamment à cause des conditions climatiques changeantes qui ont un impact sur le style des vins.
G. V. : Comment est née l’idée de la collection de verres Riedel Performance ?
M.R. : Tout est parti d’un verre que je devais créer pour le champagne rosé Krug. Je cherchais à créer un petit verre qui puisse bénéficier des mêmes propriétés qu’un grand. L’idée m’est venue en dégonflant le bateau pneumatique de ma fille : en dégonflant un verre large, il conserve les mêmes fonctions, car cela crée des rainures à l’intérieur du verre et donc plus de surface interne ce qui favorise l’oxygénation du vin. Je pensais avoir inventé quelque chose, mais en fait ce sont ces mêmes rainures que l’on retrouve dans le tastevin bourguignon.
G.V. : Vous bénéficiez d’une large communauté sur Instagram @maxiriedel , comment avez-vous construit votre popularité sur les réseaux sociaux ?
M.R. : Mon mentor a été Gary Vaynerchuk, gourou des réseaux sociaux aux États-Unis. Nous nous sommes rencontrés alors que nous rejoignions tous les deux les entreprises familiales. Il m’a conseillé d’y être présent et je m’y suis impliqué dès le début. J’y consacre une heure par jour. C’est un formidable outil pour éduquer et garder contact avec nos clients, particuliers comme professionnels. J’ai une communauté très soudée, et je réponds à toutes ses questions moi-même.
GV