Le riesling est un cépage qui ne laisse jamais indifférent. Caractérisé par la multitude d’expressions qu’il peut revêtir, il doit se mettre au pluriel. Les racines de son nom, qui dériveraient de « reissen » qui signifie en ancien allemand « fendre » ou « fragmenter », lui sont en cela particulièrement adaptées. Très planté dans le Nord-Est de l’Europe - la grande vivacité de ses bois lui conférant une forte résistance au froid – il est tout aussi apprécié dans de nombreux pays de l’hémisphère Sud.
Cépage roi en Allemagne, qui en est le premier producteur mondial, il représente à lui seul un peu moins d‘un quart de la surface totale de vigne. Cet attachement est historique. Les premières traces écrites attestant de la présence de Riesling datent de 1435 et le localisent sur la berge Nord du Rhin, dans le Rheingau. La complexe hiérarchisation des vins Allemands se fait par leur style, induit par la mesure de la densité des moûts, qui implique leur degré alcoolique potentiel. Traditionnellement peu alcoolisés, d’une grande persistance en bouche et d’une acidité phénoménale, les rieslings Allemands sont très recherchés. Les plus beaux terroirs se situent sur les pentes escarpées des bordures du Rhin, dans la Moselle ou le Rheingau.
La tradition germanique se prolonge en Alsace, l’unique région de France à être officiellement autorisée à cultiver le riesling pour des vins d’AOC. Il est l’un des quatre cépages nobles définis par l’interprofession, avec le gewurztraminer, le pinot gris et le muscat. Seules ces variétés peuvent être utilisées pour la confection des grands crus, des vendanges tardives et des sélections de grains nobles. Cépage le plus planté d’Alsace, il bénéficie, comme terrain de jeu, de la grande variété des 13 sols et des 51 grands crus qui y sont distingués et d’un microclimat parmi les plus secs de France. « Le riesling, pour moi, c’est le grand cépage blanc d’Alsace, il a une classe folle, une évolution fascinante et possède cette habilité à créer des vins secs ou liquoreux d’une grande élégance. C’est une véritable éponge à terroir », s’enthousiasme Mélanie Pfister, vigneronne et œnologue du domaine éponyme situé à Dahlenheim, au nord de l’Alsace. En opposition aux autres AOC, c’est le cépage et non le lieu qui est mis en avant en Alsace, entrée tardivement dans le système d’appellations, en 1962. On peut cependant remarquer une évolution progressive en faveur d’une mise en avant du terroir, qui semble retranscrire plus fidèlement l’empreinte des vins.
Dans les pays du Nouveau Monde, le riesling est le cépage princier des zones les plus fraîches. Il est surtout très planté aux États-Unis, en Australie, et en Nouvelle-Zélande. Le style des vins y est très varié, tout en étant plus charpenté, plus alcooleux et à l’acidité moindre que celle des vins cultivés en Europe.
Où qu’il grandisse, le riesling est vecteur d’une rare longévité pour ses vins, qui peuvent évoluer et se complexifier pendant plusieurs décennies. En vieillissant, ceux-ci peuvent développer des notes aromatiques très singulières, de la famille minérale, que l’on décrit comme « pétrolées ». Le déploiement de ces parfums est causé par le « TDN », un composé moléculaire qui se libère avec l’âge, et qui s’exacerbe d’autant plus que les baies sont ensoleillées, les sols peu fertiles et les presses extractrices. La richesse aromatique du riesling et sa trame acide puissante et droite font qu’il s’équilibre bien d’un peu de sucre résiduel. Malgré cela, les vins demi-secs peinent à trouver leur place auprès des consommateurs comme des prescripteurs. La perception gustative des sucres est très subjective et peut jouer l’illusionniste. Selon la qualité des raisins, la vinification et l’élevage pratiqués, le sucre pourra être imperceptible, car redressé par une acidité vivifiante. La mode reste cependant aux rieslings positionnés aux extrémités de l’échelle de sucrosité, avec des vins soit complètement secs, soit moelleux ou liquoreux.
Ses multiples facettes aromatiques et la sensation de persistance salivante qu’il laisse en bouche le rendent unique, ce qui ne manque pas de séduire grand nombre d’amoureux du vin et de vignerons qui, partout dans le monde, en ont fait leur favori. Le riesling, cépage aristocratique catalyseur d’une diversité rassemblée autour de femmes et d’hommes qui lui vouent un culte. Nous les comprenons aisément.